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  • Gazprom prépare une énorme acquisition

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    Le groupe russe Gazprom, numéro un mondial du gaz, est pressé de trouver 13,4 milliards de dollars dans une semaine au plus tard. L'objectif est de participer à la vente aux enchères de la participation de 76,8% des actions de Youganskneftegaz, la plus importante filiale du géant pétrolier russe Youkos Le conseil de Gazprom a officiellement approuvé cette participation.


    Pour syndiquer un tel prêt, le plus important jamais accordé à une société de pays émergent, sept banques, dont deux allemandes et deux françaises, se sont constituées en pool sous la direction de la Deutsche Bank, qui s'est associée avec Dresdner Kleinwort Wasserstein (DKW), BNP Paribas et Calyon (banque d'investissement filiale du Crédit agricole depuis la fusion avec le Crédit lyonnais), la hollandaise ABN Amro, et l'américaine JP Morgan.


    La présence des banques allemandes n'est pas une surprise. La Deutsche Bank avait conseillé récemment à Gazprom d'acquérir plusieurs compagnies pétrolières russes privées. Quant à la Dresdner Kleinwort Wasserstein, elle avait reçu mandat du ministère de la Justice russe d'évaluer Youganskneftegaz, filiale de Youkos, qui produit les deux tiers des 1,7 million de barils/jour que produit le groupe. Le calcul de la Dresdner avait situé sa valeur entre 14,7 et 17,3 milliards de dollars. JP Morgan Chase, qui figure également dans le pool, avait aussi réalisé une évaluation, qui concluait à une fourchette comprise entre 16 et 22 milliards de dollars.


    La présence de deux multinationales françaises de et deux allemandes est le reflet des bonnes relations qu'entretient Vladimir Poutine à un moment où la Russie est isolée sur la scène internationale à cause de la crise ukrainienne, Cette puissance de Gazprom expliquerait en outre que les conditions soient plutôt avantageuses : 130 points de base au-dessus du taux interbancaire (actuellement aux environs de 2,254% dans la zone euro) pour une durée d'un an. Le temps pour Gazprom de refinancer sa dette par émission d'un emprunt obligataire. Cet emprunt doublera la dette de Gazprom, groupe déjà lourdement endetté.


    Pour justifier le montant du prêt (13,4 milliards de dollars ou 10 milliards d'euros) certains observateurs font remarquer que le prix de départ de l'adjudication a été fixé à 8,65 milliards de dollars. En outre, la vente devrait permettre de rembourser à l'État les arriérés fiscaux de Youganskneftegaz, qui s'élèveraient à 5 milliards. Gazprom devrait donc être en mesure d'assurer seul le financement de l'opération, sans l'aide de partenaires étrangers. Il est vrai que peu de candidats se sont déclarés intéressés ces dernières semaines.

  • L'AMF s'attelle à l'éducation financière des Français

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    Les Français sont aujourd'hui fortement incités à se constituer une épargne en vue de leur retraite, mais leurs connaissances de la finance ne sont pas à la hauteur des ambitions gouvernementales. Trois Français sur quatre ne connaissent rien, ou presque, aux mécanismes financiers ; plus des deux tiers (69%) considèrent que les placements financiers représentent un univers complexe voire élitiste, et les trois quarts jugent leur niveau de connaissance insuffisant pour lire la presse financière.


    L'enquête réalisée par TNS Sofres pour le compte de l'Autorité des marchés financiers (AMF) insiste aussi sur l'évolution des mentalités en la matière : 82% des sondés estiment que l'éducation financière devrait être fournie dès l'enseignement secondaire. Puisqu'une réforme de l'enseignement est en cours

    «ce serait formidable si nous parvenions à convaincre que la bonne compréhension de l'économie de marché fait partie du socle commun de la culture»,

    a argumenté Michel Prada, le président de l'AMF.


    Il est clair en tout cas que le développement de l'épargne salariale et de l'actionnariat salarié, tout comme le succès rencontré par le tout nouveau Perp (*) auprès d'une population relativement jeune justifie une meilleure compréhension des mécanismes économiques. Si l'on en croit le sondage, un Français sur trois serait prêt à suivre une formation sur le sujet. A l'instar de ses homologues américaine et britannique, l'AMF a donc mis sur pieds un groupe de travail, dont la première mission a été de réaliser un audit des besoins et des forces en présence.


    L'enquête de la Sofres souligne la nature de ces besoins : soumis à un questionnaire à choix multiples concernant la définition de quatre termes financiers (dividende, sicav, obligation et Perco), 20% des sondés ont été incapables de sélectionner une seule bonne réponse et 24% n'ont désigné qu'une définition correcte. Finalement, 8% seulement ont bien répondu à ce mini questionnaire. Rien d'étonnant à ce que plus d'un Français sur deux s'estime incapable de choisir un produit financier sur lequel investir, ou même d'en discuter avec ses amis.


    A Londres, la FSA (équivalent de l'AMF) a alloué un budget de 40 millions de livres à un programme de formation des Britanniques, tandis que la Sec américaine a mis sur pieds un programme similaire évalué à 50 millions de dollars sur cinq ans, a argumenté hier Michel Prada. Pour l'heure, les ambitions françaises ne sont pas encore chiffrées. Le groupe de travail coprésidé par Jean-Claude Mothié et Claire Favre, membres du collège de l'AMF rendra public son projet au cours du premier semestre 2014. La population-cible et les modes de formation y seront recensés. Une campagne d'information générale devrait être lancée. D'ores et déjà, créée en 1997, l'Ecole de la Bourse estime avoir formé plus de 35 000 personnes en cinq ans aux mécanismes des marchés.


    (*) Perp : plan d'épargne-retraite populaire

  • Le dollar n'a pas perdu tout son lustre

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    Le rebond du dollar depuis trois jours n'est pas l'argument invoqué par ceux qui continuent de promettre un bel avenir au billet vert. Certes, la devise américaine vient de regagner 4% en une semaine face au yen (c'est sa première hausse hebdomadaire en onze semaines), tandis que l'euro a reperdu 1,8% depuis son record atteint il y a huit jours. Ces prises de bénéfices, traditionnelles avant la fin de l'année n'ont pas bouleversé les scénarios macro-économiques pour l'an prochain. Une nette majorité de stratégistes voit toujours l'euro grimper jusqu'à 1,35-1,40 dollar, voire plus.


    La force du dollar est ailleurs. D'abord, elle transparait paradoxalement à travers les annonces récentes des banques centrales concernant l'évolution de leurs réserves de change. Si la banque de Russie étudie aujourd'hui la possibilité de modifier «sans brutalité» la «structure de ses réserves», c'est que le dollar représente toujours 65% des devises qu'elle détient contre 25% pour l'euro.


    De la même manière, la BRI vient de confirmer ce dont beaucoup de monde se doutait : les pays membres de l'Opep ont réduit depuis trois ans la part du dollar dans leurs réserves, notamment au profit de l'euro puisque le cartel entretient d'importantes relations commerciales avec la zone euro. Leurs réserves en dollars représentent néanmoins toujours plus de 60% (61,5%) du total.


    Enfin, la Chine a créé l'émotion sur les marchés récemment en annonçant son intention de diversifier ses gigantesques réserves de change (515 milliards de dollars). Toutefois, elle a précisé qu'elle ne vendrait pas de dollars mais qu'elle achèterait aussi à l'avenir d'autres monnaies. Au total, fin 2013 le billet vert représentait encore plus de 63% des réserves officielles de change mondiales.


    Si la devise américaine conserve ce rôle prédominant, c'est d'abord et avant tout parce que les États-Unis demeurent la première économie mondiale. L'attrait pour leur monnaie a survécu à des crises graves comme la fin du régime de l'étalon-or au début des années 70 ou l'apparition d'un double déficit du budget et de la balance courante quelques années plus tard. Au-delà des aléas conjoncturels, le dynamisme de l'économie reste un pôle d'attraction pour les investisseurs mondiaux : les grandes vagues d'innovation (informatique, technologies de l'information, biotechnologies) ont toutes été diffusées depuis les États-Unis.


    Depuis plusieurs années, le rythme de la croissance américaine dépasse aussi celui de ses grands partenaires. Ce sera encore le cas l'an prochain puisque le PIB devrait encore croître d'environ 3,5%, contre moins de 2% attendus dans la zone euro et environ 2% au Japon. Et si l'ampleur des déficits jumeaux américains mine aujourd'hui le dollar, sa dépréciation ne gêne pas les Américains, bien au contraire. C'est une arme dans la réduction du déficit commercial, sachant que jusqu'à présent la seule véritable «superpuissance» du monde n'a jamais manqué de créanciers : les banques centrales acceptent de prendre le relais des investisseurs privés dans les périodes de vaches maigres.


    Les grandes puissances mondiales sont d'ailleurs entrées dans un jeu subtil – je te tiens-tu me tiens –, dans lequel l'Amérique joue le rôle de locomotive de la croissance mondiale, financée par les capitaux asiatiques et japonais puisque les Américains n'épargnent pas, mais consomment. Riches en bons du Trésor américains, les banques centrales de ces pays n'ont aucun intérêt à bouder le dollar tant que les États-Unis demeurent un gigantesque débouché pour leur production. Quant à revendre sur le marché leur stock d'obligations américaines, une telle opération entraînerait une baisse des cours, coûteuse pour tout le monde.


    Les choses changeront lorsque, à Pékin et à Tokyo, la consommation intérieure sera suffisamment dynamique pour reléguer la place des exportations à une portion congrue dans l'enrichissement de ces pays. Ce n'est pas encore le cas, même si le réveil de la demande, au Japon notamment, laisse penser que l'an prochain les capitaux seront plus largement recyclés dans l'investissement national que dans l'achat d'obligations étrangères.

    En dépit de toutes ses faiblesses, l'Amérique séduit toujours plus que la zone euro dont l'absence de gouvernement et d'unité financière est considérée comme une faiblesse. Wall Street pèse plus de 50% de la capitalisation boursière mondiale alors qu'Euronext, la Deutsche Boerse et la Bourse de Londres se livrent toujours une guerre de tranchées pour attirer les investisseurs. Le dollar représente aussi plus de 88% de l'ensemble des transactions du marché des changes. Il est toujours la devise de référence sur les marchés de matières premières, tout un symbole, le prix de l'or est libellé en dollars.